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Rwanda, la vie après - Paroles de mères

Après Paris, nouvelles projections du film à Bruxelles

Chers amis,

Je suis heureux de vous annoncer de nouvelles projections à Bruxelles du film que j’ai réalisé en collaboration avec Benoît Dervaux :

Rwanda, la vie après - Paroles de mères

En salle au Cinéma Aventure :
rue des Fripiers 57, Galerie du Centre Bloc II, 1000 Bruxelles

Séances :

Jeudi 4 décembre 2014 à 15h30
Samedi 6 décembre 2014 à 15h20
Lundi 8 décembre 2014 à 15h20

Si vous nous faites l’amitié de venir nombreux, d’autres séances pourront être programmées.
Et, si vous en avez l’occasion, merci de relayer cette information.

Pourquoi les mères ?

Parce que si l’on sait les atrocités dont furent victimes les Tutsis pendant le génocide de 1994, on perçoit généralement très mal les séquelles qui empêchent encore souvent les femmes rescapées de se reconstruire.
En juillet 1994, le génocide est stoppé. À partir de ce moment, pour les hommes, le calvaire a pris fin. Par contre, pour les femmes, rien n’est terminé. Des centaines de milliers d’entre elles ont été violées – et donc frappées du sida ; ces viols ne sont pas les « dégâts collatéraux habituels » d’une guerre, ce sont des actions de destruction massive, encouragées, voulues, destinées à désespérer une population minoritaire avant de l’exterminer avec une insoutenable cruauté

Le film est constitué des témoignages de six femmes provenant du Rwanda profond. Ces femmes racontent leur parcours, de la fin du génocide à aujourd’hui : la maladie ; l’accouchement d’un enfant de génocidaire ; le rejet par ce qui leur restait de famille pour qui il était inconcevable d’accueillir le fils ou la fille d’un tueur ; leur solitude ; la difficulté pendant des années d’assumer cet « enfant de la haine », avant d’apprendre à l’aimer…
En contrepoint, une fille et un garçon issus des viols de ces femmes, racontent à leur tour ce que fut leur enfance.

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© Jean Thomé

Il y a vingt ans ce génocide s’est déroulé dans l’indifférence générale de la communauté internationale. Aujourd’hui, ces femmes et ces enfants parlent pour la première fois devant une caméra. Je crois qu’il est important de les écouter.

André Versaille

Histoire d’un film

Mon attachement au génocide des Tutsis est né tardivement, en 2001, lorsque, à Bruxelles, j’ai assisté au procès, de quatre Hutus accusés de génocide. La vision de ces rescapés témoignant de leur douleur et des génocidaires tentant de se défendre, m’ont profondément marqués. Depuis, je n’ai plus arrêté de me documenter.
Trois ans plus tard, en avril 2004, je m’envolais pour Kigali en même temps que la jour- naliste Laure de Vulpian (dont je venais de publier le livre Rwanda, un génocide oublié ? Un procès pour mémoire) et qui s’y rendait « couvrir » pour France Culture, les commémorations du 10e anniversaire du génocide.
Là, pour la première fois, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec des dizaines rescapés, femmes et hommes confondus. Citadins cultivés, ils s’exprimaient en français sur la situation des Tutsis depuis 1959, les discriminations à leur égard, les violences subies depuis 1973 et annoncia- trices du génocide... Mais s’ils parlaient parfois de ce qu’ils avaient personnellement subi, ils ne s’y étendaient pas, et de mon côté je n’osais pas les interroger de manière directe.
À la fin des entretiens, je remerciais bien évidemment mes interlocuteurs pour le temps qu’ils m’avaient consacré. Ils me répondaient invariablement : « C’est moi qui vous remercie. » Je n’y prêtais pas attention, jusqu’au jour où une jeune Tutsie m’a dit : « Ici, on ne parle pas du génocide : le prix de la ‘paix’, et du ‘progrès’, c’est de ‘tourner la page et aller de l’avant’. »
J’ai alors pris conscience d’une chose essentielle que j’avais très mal perçue : la douleur des rescapés coincés dans le silence. Derrière ce que je prenais pour une formule de politesse, il y avait le besoin de parler, non seulement du génocide, mais de la douleur présente, post-gén- ocidaire, dans un pays qui par ailleurs se reconstruisait très bien. Ma vision de la réhabilitation du Rwanda s’est confondue avec la réhabilitation des rues de la banlieue de Kigali, ces rues de terre battue creusées de nids de poule que l’on asphaltait. Mais ce ne sont pas de nids de poule qu’est creusée la route vers le progrès, c’est de nids de douleur, des dizaines et des dizaines de milliers de nids de douleur sur lesquels on passe l’asphalte...
En même temps, j’étais frappé par la rareté des témoignages en regard de l’énormité de l’événement. À cela plusieurs raisons dont la difficulté de traduire sa souffrance par écrit. Écrire est une technique que tout le monde ne possède pas ; par contre, tout le monde sait parler. Et même quand on s’exprime avec difficulté, avec hésitation, la parole touche, frappe. Les silences mêmes sont éloquents. C’est la force du témoignage filmé comme le montre, entre bien d’autres, l’emblématique Shoah. C’est ce qui m’a décidé, dix ans plus tard, à retourner au Rwanda avec ma caméra.

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© Jean Thomé

Lorsque j’ai commencé à parler de mon projet à des connaisseurs du Rwanda, plusieurs d’en- tre eux m’avaient prévenu : « Les Rwandais ne sont pas des Méditerranéens, ils ne parlent pas, ils sont d’une pudeur et d’une réserve que l’on imagine mal. De plus, vous voulez interroger des femmes, et sur le calvaire qu’elles ont subi ? Elles se diront : ‘Qu’est-ce qu’il vient faire, ce muzungu [cet homme blanc] ? Pourquoi s’intéresse-t-il comme ça à nous, vingt ans après ?’ » Je savais cette réputation. Mais trois amies tutsies de Belgique et de France ont été plus encourageantes. « Tout est une question de tact et de contact, m’ont-elles dit en substance. Si tu peux écouter sans a priori et sans jugement, il n’est pas du tout impossible qu’elles se laissent aller à parler. » Et elles m’ont fait l’amitié de me recommander à plusieurs de leurs connaissances susceptibles de me faire rencontrer des rescapées, dont Godelieve Mukasarasi, une Hutue veuve d’un Tutsi.
En 1994, Godelieve Mukasarasi s’était refusée à suivre les mots d’ordre des génocidaires, ce qui l’a bien sûr mise en danger comme traitresse à la cause bahutue. Une « Juste », comme on dit aujourd’hui. Au lendemain de la fin du génocide, elle avait monté toute seule une petite organisation indépendante du pouvoir, sevota, destinée à accueillir les femmes en détresse et à travailler à leur reconstruction en les aidant psychologiquement et en leur permettant de se réinsérer socialement par l’apprentissage d’un métier. C’est elle qui m’a permis de rencontrer des femmes des collines. En vérité, j’ai bénéficié d’une « grâce », comme aurait dit Pascal : non seulement ces Rwandaises ont accepté de me rencontrer et de me parler, mais elles m’ont fait totalement confiance. J’ai pu ainsi m’entretenir avec plus d’une trentaine de rescapées, et ces entretiens duraient plus d’une heure et demie... Les six femmes qui témoignent dans le film font partie de celles-là.
Je suis rentré avec des dizaines d’heures de film. Mais je ne suis pas cinéaste, et les témoigna- ges avaient beau avoir une force incroyable, les images n’avaient pas la qualité professionnelle.
Luc Dardenne, avec lequel je m’étais entretenu de mon voyage, s’est montré très attentif et m’a mis en contact avec Julie Frères, la directrice de production de Dérives (la maison de production des frères Dardenne). Après avoir visionné ensemble les images, nous sommes rapidement convenu qu’il valait la peine de refaire ces entretiens avec la collaboration de professionnels du film.
Julie Frères m’a alors fait rencontrer le réalisateur cadreur Benoit Dervaux, et avec une petite équipe de tournage nous sommes partis au Rwanda.

Ce film est né des nombreux échanges et discussions que j’ai eues avec

Justine Benimana, Boubacar Diop, Beatrice Mukamulindwa, Jean Mukimbiri, Marie Niyonteze et Joëlle Yana.

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© André Versaille

Il est dédié à Godelieve Mukasarasi, fondatrice et coordinatrice de l’Ong SEVOTA
Solidarité pour l’épanouissement des veuves
et des orphelins visant le travail et l’auto-promotion www.sevota.org
qui nous a introduit auprès des rescapées qui témoignent dans le film.
Benoît Dervaux et moi, la remercions
pour sa précieuse et généreuse contribution.
Nous tenons également à exprimer notre profonde gratitude à :
Assumpta Kampororo – Anastasie Kayirangwa – Epiphanie Mukanyonga ainsi qu’à Anastasie – Claudine – Marie-Josée – Marie-Madeleine et Odette (qui ont préféré garder l’anonymat)
pour le courage qu’elles ont eu de nous livrer leurs témoignages.

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© Jean Thomé

Un film de Benoit Dervaux et André Versaille Réalisation Benoit Dervaux Sur une idée et un projet de André Versaille Image Benoit Dervaux Assistants réalisateurs Samuel Sangwa, Philippe Toussaint Son Jean Thomé Montage Jean Thomé Montage son Benoit De Clerck Mixage Jean-Stéphane Garbe Production DERIVES - Julie Freres Directrice de production Sabine Raskin Coproduction RTBF - Unité de Programmes documentaires, Carpe Diem Icare, WIP - Wallonie Image Production - avec le soutien du Parlement francophone bruxellois - produit avec l’aide du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles

2014 • 72’ • Documentaire • VO français/ kinyarwanda • ST français/anglais • Production et distribution www.derives.bePage du film www.derives.be/rwanda-la-vie-apres